"Nous avons pris connaissance avec stupéfaction du contenu du numéro hors-série de la revue Cités -...-. La présentation prétend inscrire l’ensemble des articles dans une vision simpliste d’affrontement qui n’est pas la nôtre, insistent-ils. Nous nous désolidarisons du ton et de la thèse de la revue, qui s’écartent à l’évidence de l’analyse scientifique."
"D’UN AUTRE TEMPS"
Le texte est signé par Olivier Roy, Michel Wieviorka, Fahrad Khosrokhavar, Jocelyne Cesari, Bruno Etienne, Nacire Guénif-Souilamas, Franck Frégosi, Youssef Seddik, Stéphane de Tapia. Ces universitaires dénoncent la couverture de la revue : un dessin représentant un musulman au nez crochu et au regard torve, tournant ostensiblement le dos à une Marianne blonde : "La couverture rappelle de la manière la plus fâcheuse les caricatures d’un autre temps - mais cette fois-ci ce sont les musulmans qui sont visés", s’alarment les signataires, qui n’ont pas eu connaissance de la teneur générale du numéro avant publication. Ils ont été alertés par un entretien du directeur de Cités, Yves-Charles Zarka, également directeur de recherche au CNRS, paru dans Le Figaro du 10 mars, sous le titre "70 intellectuels prennent la plume pour appeler les musulmans de France à une "critique radicale" de leur vision du monde".
Les neuf universitaires s’insurgent contre ce qu’ils considèrent comme une récupération : "Nous protestons contre l’enrôlement dont nous avons été l’objet dans l’interview de M. Zarka. -...- Il est normal que, sur un sujet aussi complexe, différents points de vue s’expriment, mais il n’est pas normal qu’Yves-Charles Zarka intervienne dans les médias pour mettre en avant une seule et unique orientation, la sienne, qui n’est sûrement pas celle de tous les auteurs de ce numéro."
Une première version de Cités, dont Le Monde a eu copie, comptait une contribution de l’auteur venu de l’extrême droite Alexandre Del Valle sur "le prosélytisme islamique". En revanche, un article de Khadija Mohsen-Finan, chercheuse à l’Institut français des relations internationales (IFRI), sur Tariq Ramadan a été refusé, au motif qu’il n’était pas assez sévère avec l’intellectuel suisse. Un entretien avec Rémy Leveau a également été écarté.
Dans son introduction intitulée "Vers la constitution d’une minorité tyrannique", Yves-Charles Zarka estime que "l’affrontement est inévitable" entre la citoyenneté républicaine et "le cadre religieux islamique". Il dénonce "l’esprit de conquête qui a toujours animé l’islam", face auquel il faut selon lui "développer l’esprit de résistance".
Xavier Ternisien
ARTICLE PARU DANS L’EDITION DU 20.03.04